1 bouffée matin et soir

UN PEU D'AIR

Catégorie: ATCD

La tête à l’envers

C’est chouette d’être une grande. Aujourd’hui j’ai pris l’avion toute seule ! Je n’ai pas trop compris pourquoi d’autres enfants pleuraient et avaient tant besoin que l’on s’occupe d’eux, parce que moi, j’ai passé une bonne partie du voyage à admirer la pochette blanche que j’avais autour du cou, à la tordre de façon à pouvoir déchiffrer ses inscriptions. Elle est maintenant sur le bureau, dans la chambre où je dors,  au milieu des feuilles sur lesquelles j’ai tout recopié de ma plus large écriture un peu fantaisiste.

Quand j’ouvre grands les yeux, cette nuit-là, je sais que je ne suis pas dans mon chez-moi habituel, mais je suis drôlement contente, et fière, d’être dans un grand lit, ce même lit où dorment habituellement papa et maman quand nous venons tous ensemble. Un gigantesque lit dans lequel je peux m’étaler tant et plus. Ce lit occupe une face de cette grande chambre au plafond si haut. Un canapé meuble le côté suivant. En face du lit il y a la porte, et d’immenses placards couvrent le reste du mur. Sur la dernière face il y a un petit bureau et une porte fenêtre donnant sur un balconnet étroit. Les volets sont entièrement clos. C’est pourquoi malgré mes yeux grands ouverts je ne distingue aucune forme dans la pièce. Le noir est total.  Mais je connais la maison, et je suis grande, et je n’ai pas peur.

Si j’ai décidé de me réveiller, cette nuit là, c’est que j’ai un peu envie de faire pipi. Pour aller aux toilettes, c’est facile, il suffit de sortir de la chambre et de faire un pas ou deux en diagonale pour traverser le couloir. J’ai le trajet dans ma tête. Le hic, c’est que j’ai la tête à l’envers. Je veux dire la tête aux pieds. Le lit est tellement grand que j’ai du tourner sans m’en apercevoir. Bon, peu importe, j’ai envie de faire pipi. Allez, debout poulette ! Donc si j’ai la tête aux pieds, la porte n’est pas en face de moi mais derrière moi. Je sens sous mes plantes le revêtement de sol tiède, je me dirige vers la porte mais je bute contre le canapé. Je l’aime bien ce canapé bien mou en tissu beige, un peu trop chaud en été. Avant il était chez nous et avec mon frère nous faisions des batailles de ses larges coussins. je me suis retrouvée à terre plus souvent que lui ! Je longe le mur et je retrouve le lit. Ça ne doit pas être compliqué pourtant. Je réfléchis un moment. Mes yeux écarquillés ne perçoivent rien d’autre que l’obscurité. Si je trouve la lumière, alors je suis sauvée. J’ai vraiment envie de faire pipi. Je palpe le mur le long des bords du lit, l’interrupteur est par là, j’en suis sûre. Je balaye un maximum de surface, j’aimerais tant avoir de plus grandes mains, mais je ne trouve rien. Bon je me rends à l’évidence, je ne sais pas exactement où je me trouve dans la chambre sinon que je suis près du lit, et après tout peut-être qu’au départ j’ai seulement eu l’impression d’être la tête aux pieds mais qu’en réalité j’étais dans le bon sens ? Je vais faire le tour de la pièce, la porte va bien se présenter à moi, j’ai trop envie de faire pipi. Je traverse là où je pense n’avoir pas encore essayé de trouver la porte, je palpe les murs, je sens le bureau et ses feuilles un peu froissées, le radiateur, le lit, je passe sur le lit et me voilà à nouveau au canapé. J’entends mon cœur qui bat dans ma poitrine et dans ma gorge, je m’assieds sur le canapé, j’ai mal au ventre, ça presse.  Je me remets debout, mes jambes flageolent je palpe les murs, je touche les placards. Tout à l’heure, en arrivant de l’a-é-ro-port (mamie m’a appris à le dire comme il faut !), dès que la porte d’entrée s’est ouverte, j’ai couru dans les escaliers pour atteindre le placard du fond, dans le bas duquel sont enfouis des trésors ! J’ai retrouvé ma tortue verte et jaune que j’aime promener à travers la maison, une poupée habillée en mariée, et des tas de bricoles dont une échelle en plastique et un petit bonhomme qui la descend tout seul du moment qu’on le place en haut. Il l’aura prise et reprise et re-reprise cette échelle, toujours avec le même sourire indéfectible.

 Je crois que la porte a disparu. Je ne veux pas appeler mamie, j’ai peur de me faire gronder en pleine nuit, et puis je suis grande moi.

-« Mamie ! »… « MAMIE ! » …. « MAMIIIIIIE ! ».

Mamie ne répond pas. Elle est en bas, loin de ma chambre, et elle et mon grand-père dorment avec des boules Quies.

Je ne vais pas pouvoir tenir longtemps. Je n’ai pas de pot de chambre, je n’ai aucune idée lumineuse pour remplacer des toilettes. Il fait noir dans la chambre et noir dans ma tête.

Je retrouve le lit et m’allonge, je ne sais pas vraiment si je suis dans le bon sens mais cela n’a plus d’importance, je ne peux plus rien retenir.

J’ai honte mais je n’ai plus mal.

Je me rendors en suçant mon pouce, je me sens petite.

Le réveil, précoce, est poisseux. Le jour apporte enfin un peu de lumière, ma tête n’est plus à l’envers. Je m’enroule dans ma couverture pour dissimuler mon forfait, et je m’approche des escaliers, je perçois l’odeur du café, ils sont réveillés !  Je suis tellement contente que ce soit enfin le matin ! Je rejoins mes grands-parents dans leur lit, ils m’accueillent avec les plus beaux sourires édentés du monde. Je n’ai plus peur d’être grondée, même quand mamie me demande si ma couverture ne serait pas un peu mouillée.

Ce soir, les volets resteront entrouverts.

Gnossienne N°3 - Erik satie

CARCASSE

Tu es née en 1985, lorsque les genoux de ton époux ont cessé de te faire de l’ombre. Cette année-là, je te découvre et je t’aime : ton sourire perpétuel, ton amour inconditionnel pour chacun de tes petits-enfants, ta permanente duveteuse aux reflets mauves, l’odeur de lavande de ta salle de bain et de ton cou. Il semblerait que tu trouves un équilibre à vivre ta vie sans l’absent, après ces longs mois d’agonie. Tu ne me montres jamais ta tristesse si elle existe.

Noël 87. Maintenant que tu es seule, tu rends régulièrement visite à chacune de tes trois filles. Nous sommes loin et quand tu viens chez nous, c’est pour y passer au moins une semaine à chaque fois. Tes fous rires  illuminent la maison lorsque nous te déguisons avec mon frère, t’affublant d’un couvre-chef improbable et de lunettes moustachues. Tes dictons et calembours ponctuent chaque moment de la journée :

– « Un de plus, un de moins » (de jour, de repas, d’anniversaire, cela marche absolument pour tout !).
– « Si on ne le retient pas, le gaz part » (à dire en roulant naturellement les « r », sans oublier le petit rire final).
– « Qui sait le vent, sait le temps » (que ne ferait-on sans la météo?).

Sans oublier tes innombrables « malheureuse! »  et « tombe, va »  quand de nous voir courir ta tendre inquiétude prend le dessus sur ta raison.
……

Pâques 89. Je grandis et mon regard sur le monde adulte change. Tes petites habitudes m’agacent parfois, et ton appétit d’ogre me surprend. Ce que tu préfères dans la volaille, c’est la carcasse, que tu suçotes jusqu’à en décrocher le moindre bout de viande. Notre table est ronde et où que je sois installée, je préfèrerais être ailleurs.

Je suis soulagée quand le repas se termine. Je préfère le soir quand après t’être mise en robe de chambre et avoir fait ta toilette, nous regardons Michel Drucker. Ton sourire du soir est enfantin et touchant, la faute aux dents abandonnées au fond d’un verre. Tu commentes sans arrêt l’image, je sens que ta fille fatigue un peu.

En 1992, tu ris un peu moins. Tu parles avec maman, beaucoup. Du temps, des voisines, de tes 2 autres filles. Maman semble de plus en plus lasse de t’écouter. Je l’entends te reprendre quand tu te répètes. Tu trouves que le noyau des litchis, c’est gros.

Novembre 1994, tu marches à petits-pas. Tu t’exclames et souris en découvrant Émilie, 55 cm, dans mon appartement. L’espace d’une heure ou deux, tu me demandes 10 fois comment IL s’appelle. Tu trouve que le noyau des litchis, c’est gros.

Quand je t’appelle pour prendre de tes nouvelles en 1996, tu me parles de moi comme si j’étais quelqu’un d’autre. Tu m’apprends que je fais des études de médecine et tu as l’air fière.  Je ne sais pas trop quoi te répondre.

Nous ne nous voyons plus beaucoup. Je vais chez toi en 1999, tu n’es pas seule, mon frère et son amie vivent là depuis quelques mois et te tiennent compagnie. Ce sont eux qui font la cuisine, le ménage. Tu me reconnais une fois sur trois. Tu te plains un peu, les mains, les jambes qui ont du mal à te porter.

Cette année-là tu fais ton dernier voyage en avion,  pour rendre visite à mes parents. A ton arrivée, tu es dans une angoisse terrible, le personnel t’a collé dans un fauteuil roulant mais tu ne voulais pas, tu trembles et tu t’es fait pipi dessus.

Tu passes avec succès le cap de l’an 2000 en ne sachant pas quel âge tu as ni avec qui tu es. Mon frère travaille et tu as une garde à domicile la journée. Une nuit ils t’entendent crier, tu es par terre et tu ne sais plus où tu es, tu es dénudée et souillée, tu les insultes, toi que je n’ai jamais entendu dire merde, tu fais appel à un vocabulaire insoupçonné!

Pendant mes trois années outremer, j’ai des nouvelles de toi, de loin. Il te faut une garde la nuit, d’autant que mon frère a déménagé. Avec toute mon ingratitude, je t’oublie un peu, je vis ma vie. Je crois que tu as été hospitalisée une fois ou deux suite à une chute et que tu as fait une phlébite aussi. Mais globalement ta santé physique n’est pas mauvaise.

Je te revois en 2004, et tu fais connaissance avec Léa, 2ans. Il n’y a qu’en sa présence que ton visage s’illumine, je retrouve ton sourire, tu fais les marionnettes avec tes mains et tu chantes, ses boucles t’hypnotisent. Tu ne sais pas qui nous sommes et tu te demandes qui sont tous ces gens qui se reflètent dans les vitres. Tu trouves que le noyau des litchis, c’est gros.

Les mois qui suivent seront éprouvants pour tes filles qui te voient dépérir peu à peu. Pied de nez final, tu décides de sécher définitivement la rentrée des classes en 2005.

L’absence de sourire, les joues creuses, les cheveux filasse : ce visage aux yeux clos n’était plus le tien, depuis longtemps déjà. Tu ne connais pas ma Juliette.

Tu sais les carcasses de poulet, ça fait un délicieux bouillon.

Un de plus, un de moins.

brechet

Chère Paula

Bolquère, 13 juillet  1989

Ma très chère Paula,

Déjà quatre jours que nous ne nous sommes pas vues, et tu me manques terriblement.

Je suis passée chez ma grand-mère, et je m’y suis ennuyée comme un rat mort, malgré mes auto-tentatives de rigolades devant la glace en faisant le poireau mais imiter un poireau n’a pas la même saveur en solitaire. J’ai lu pour passer le temps.  Le pays d’octobre, de Ray Bradbury, génial, rappelle moi de te le passer. J’ai  aussi usé moultes piles dans mon walkman, et mon index fatigue à rembobiner  Jumping someone else’s train et My girl, c’est plus fort que moi.

Nous sommes arrivés à Bolquère hier. Ca me fait tout drôle de me dire que j’ai appris la mort de mon grand-père ici, un jeudi il y a 4 ans. Je ne suis plus la même. A l’époque la fille du directeur était mon amie. Je ne sais pas si on s’entendrait encore, mais décidément, unlucky, elle est en vacances chez sa mère… Elle avait aussi une grosse chienne noire que j’aimais beaucoup (si, si! Je sais que tu as du mal à y croire mais ce chien là était vraiment différent),  disparue elle aussi. Je vis au milieu de fantômes.

J’ai appelé Mathias hier. J’ai du attendre l’heure du repas pour être peinard, le téléphone est dans les escaliers communs. J’ai utilisé toutes mes pièces jaunes, tout ça pour pas grand-chose. Il m’a énervé, je ne sais pas si j’ai envie de le revoir. Là, tout de suite maintenant : il me dégoûte. Il était limite agressif à vouloir savoir avec qui j’étais, je lui ai dit qu’il y avait bien quelques gueules, même si en vrai ils sont tous moches et boutonneux (y’en a un, tu verrais, on voit plus ses yeux au milieu des pustules). Au final on ne s’est pas dit grand-chose, je suis sensée le rappeler demain soir mais je crois que je ne vais pas le faire. Moi qui croyais que c’était l’amour de ma vie, il a tout gâché.

J’ai réussi à aller m’en griller une après le coup de téléphone, j’y aurais bien mis une petite boulette mais ça craignait trop d’avoir les yeux explosés à table. Déjà qu’on a choqué mon père à vie ! Mémorable souvenir : lui, tout souriant faisant son footing et nous, allongées dans l’herbe du terrain vague, et cette tronche qu’il a tirée en voyant la fumée. Je ne me vois pas lui en rajouter en arrivant avec des yeux de lapin.
Quoi qu’il est  vraiment tellement con, difficile de faire pire. Quand je pense qu’il ne m’a pas cru quand je lui disais que ça dealait au collège, à l’époque (la bonne !) où nous avions été nommées particules du « noyau pourri de la classe ». Dès fois j’aimerais disparaître devant tant de connerie, je me demande comment j’ai pu le supporter avant.

Dans ces moments là, je pense à toi et tout s’éclaire. Ma sœur, grâce à toi je n’ai plus peur (rime pourrie, excuse).

Demain ils veulent m’emmener au resto pour mon anniversaire, je préfèrerais clairement rester dans mon lit et fêter ça tranquille avec ce qui me reste de truc à rigoler. Le rêve serait que tu me rejoignes. Allez, plus que 5 jours.
Au secours, c‘est trop long !!!

Love xxxx

Natalia

Llo, 13 Juillet 2012

Ma très chère Paula,

Voilà bien longtemps que je n’ai pas pris la plume. Pourtant je pense à toi souvent.

Nous sommes dans les Pyrénées Orientales, en vacances. Nous avons fait une étape de deux jours chez mes parents. Ma foi, les discussions y sont toujours aussi pauvres, et à part manger nous n’avons pas fait grand-chose.
Mon père se traite à coups d’anxiolytiques, il fait moins d’épisodes dépressifs, il est plus égal sur la durée, quoi que parfois très injuste avec ma mère… Égoïstement je suis très contente d’habiter suffisamment loin pour ne pas vivre ça au quotidien. Je ne m’y attendais pas mais mon frère a eu quelques épisodes de prostration, il ressemble de plus en plus au paternel. Ce qui le sauvera est la conscience qu’il en a.
Si les petites n’avaient pas réclamé de voir leurs grands-parents, je ne suis pas sûre qu’on y serait passé. Au retour on rentrera direct.

La maison que nous avons louée ici est vieillotte mais si rassurante, je me sens bien dans les paysages de mes étés d’enfance. Il y a des fraises des bois, beaucoup, ça sent déjà la tarte ! Les filles s’occupent bien. Juliette et Léa se chamaillent à qui poussera la poussette de la poupée (j’aurais du en prendre deux), mais elles sont inséparables. Emilie tapote sur son mobile. Elle a eu son bac! Tu te rends compte ?

Je me souviens du bonheur que j’avais eu en tenant ma petite cousine dans les bras quand j’étais ado, et une poignée d’années plus tard c’était mon bébé qui s’y  lovait douillettement! Depuis, elle a bien pris 120 cm et je n’arrive plus à la porter.

J’ai l’impression de n’avoir rien vu passer depuis cet été là, celui au bout duquel Mathias n’est jamais revenu. Ses parents l’ont emmené en vacances et ne sont juste pas rentré, drôle de manière de faire. Finalement ça m’avait plutôt arrangé, même si du coup notre histoire est resté en suspens. Pour corser la séquence Nostalgie, j’ai la radio allumée qui chante From now on, et me propulse presque 25 ans en arrière quand on traînait nos basques entre chez moi et chez toi, chez l’une et le collège, chez l’autre et la ville, rendez-vous à la passerelle !

Peut-être qu’un jour je lui dirai que je ne l’aimais déjà plus. En attendant j’ai coupé tous les ponts. Il y a  trois ans, il semblait avide de vouloir s’expliquer au sujet de cet épisode de sa vie. Arthur n’apprécie guère la possibilité d’une rencontre, je le comprends. Rencontrer ses ex, surtout le premier grand amour, c’est un peu casse-gueule pour un couple, même s’il a résisté jusque là à l’épreuve du temps!

Les années passent, Émilie va quitter le foyer, nous avons encore un peu de répit mais inéluctablement ses sœurs suivront. Je ne sais pas si alors, quand nous nous retrouverons tous les deux avec Arthur, nous aurons enfin trouvé un semblant d’équilibre. Personnel. Professionnel. Mon boulot me plaît mais je me demande toujours comment j’ai vraiment envie de l’exercer, je n’ai pas envie de me mettre la corde au cou en m’installant, mais je suis toujours en insécurité en ne m’installant pas. Je veux passer du temps en famille et avoir du temps pour moi. Le beurre et l’argent du beurre, syndrome d’insatisfaction chronique ? peut-être que ça m’empêche (faussement) de vieillir ? Quand je vois des gens de mon âge en consultation, je les observe toujours avec beaucoup d’étonnement et de curiosité, parce qu’ils me semblent si mûrs parfois, que j’ai l’impression qu’ils ont cent ans et moi quinze.

Et pourtant demain  je rajoute un an au compteur. Pourvu qu’il y ait du gâteau!

Avec tout ça on ne se voit pas. Ta petite doit marcher déjà ! J’aimerai qu’on s’évade un peu ensemble quand nos moyens nous le permettront. Avant d’être des vieilles peaux. On rigolera de rien et le monde entier pensera qu’on se fout de lui. On dormira dans le même lit, mais sans chat sur la tête, et tu t’endormiras, bercée par mon monologue.

Bisouxxxx

Natalia

Un Samedi à l’anis

C’est un peu la fête cette réunion de famille. Ça grouille de cousins-cousines, de beaux frères qui ne se sont pas vus depuis plusieurs années, d’oncles et tantes qui tapent sur la tête des chérubins qui ont encore grandi.

Il y a des bruits de couvercles de casseroles qu’on soulève pour touiller et humer, des chaises qu’on déplace, des gosses qui se chamaillent.

Les trois sœurs s’affairent autour de la table, choisissant dans le grand buffet une vaisselle assortie pour tous les convives, allant dénicher ce qui manque à la cuisine, attrapant au retour la salade mise au frigo dans l’arrière-cuisine. Natalia réclame à sa mère de l’ouvrir elle-même, ce vrai frigo avec pédale. Elle aime l’atmosphère de cette pièce à la fois buanderie et garde-manger. C’est un peu sombre, il n’y a qu’une petite fenêtre un peu en hauteur, surplombant une galerie extérieure longeant tout un côté de la maison, un endroit idéal pour les sprints improvisés. Cette ouverture est la seule présente sur cette façade, et elle permet aussi d’observer les deux maisons voisines et leurs mystérieux habitants. Natalia a bien entendu sa grand-mère parler de la voisine qui vit avec un fils qui  lui donne du souci, qui a fait de la prison et qu’on ne voit jamais. Elle l’imagine reclus dans une pièce grise avec une tête de bandit et elle rêve que ses yeux puissent transpercer les murs pour satisfaire sa curiosité. L’arrière-cuisine a une odeur bien à elle, qui n’est ni celle de la cuisine, ni celle du salon, bien qu’elle se trouve entre les deux. C’est une odeur mêlée de lessive, d’humidité, de poireau, d’épices et de sucre. Une odeur enivrante due en grande partie à l’appel des douceurs contenues dans le grand placard blanc cassé. Ses portes sont lourdes et solides, mais elles s’ouvrent d’elles-mêmes et sans effort dès lors que l’on actionne un petit verrou, laissant ainsi apparaître comme par magie et à hauteur d’yeux les denrées des plus alléchantes, chocolats et biscuits feuilletés en forme de tortillons.

C’est l’heure de passer à table. Il y a des macaronis au menu, préparés par la mamie, le plat préféré de tous les enfants à l’unanimité, jamais égalé par leurs mères respectives. Natalia se régale comme les autres, elle oublie un peu la lourdeur de l’atmosphère et les yeux rougis des adultes dont les assiettes peinent à se vider de leur contenu.

Après le dessert, les enfants sont autorisés à jouer dans le salon. Loin d’éventuelles réprimandes, le frère de Natalia reprend le contrôle et la nargue en entamant une course autour de la table basse, lui assurant qu’elle est bien trop pomme pour l’attraper. Natalia  essaie quand même mais à chaque fois que sa main est prête à attraper un bout de t-shirt, son frère produit une accélération contrôlée qui la fait enrager. La porte s’ouvre et un adulte leur demande de faire moins de bruit. Natalia essoufflée se laisse tomber sur le canapé capitonné en similicuir qui lui colle aux cuisses. Dans le coin juste à côté il y a le fauteuil de son grand-père où elle aimait tant le rejoindre. Et en face d’elle sur le bar, un bocal en verre teinté rempli au quart de petites boules anisées, qu’il affectionnait tant et qu’il partageait avec elle.

Elle a du mal à voir en pensée son grand-père souriant et rondelet, l’image de la maladie et de sa maigreur prend le dessus, elle l’entend encore murmurer un «poulette» à titre d’adieu.

Cet après-midi il faudra encore suivre le corbillard qui les mènera dans un petit village viticole des Corbières. Et rester avec un oncle dans la maison d’enfance de sa mère pendant que les autres iront à l’enterrement, sa mère a décidé qu’elle était trop jeune, Natalia n’a pas lutté. Elle lira Pif et s’amusera avec le gadget. A la radio elle entendra Un autre monde de Téléphone. Ses parents reviendront et dans quelques jours ils regagneront la banlieue parisienne. Finies, les vacances.

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ANTÉCÉDENTS

ATCD PERSONNELS

MÉDICAUX

née à terme d’une grossesse non désirée ; a longtemps pensé être née pendant un accident de voiture avant de comprendre que la voiture n’avait rien à faire dans cette histoire d’accident.

GEA vers 4-5 mois, avec refus alimentaire et hydrique permettant de gagner définitivement l’amour paternel, ce dernier ayant été convaincu de la mort prochaine de son rejeton.

Vomissements en jet  retardés composés d’endives au jambon ingérées de force à la cantine à 4 ans.

TC + PC, secondaires à chute de vélo rouge, l’enfant de 5 ans roulant seule sur la voie publique, sans casque, et à fond les manettes. Ramassée par un voisin. Rx crâne (ça nous rajeunit pas) normale, réalisée suite à l’apparition de vomissements secondaires au traumatisme. Séquelles ??? Souvenirs tenaces de l’ivresse ressentie juste avant le traumatisme.

Contusions multiples suite avp, survenu alors que l’enfant de 5 ans et demi  somnolait tranquillement sur la lunette arrière de la voiture familiale au retour d’une sortie nocturne, le choc l’ayant propulsée un étage plus bas sur la banquette  où se trouvait son frère la seconde précédente, lui-même ayant simultanément roulé par terre.

Intoxication volontaire à l’Antitousèche® à 7 ans. (au goût si bon que c’est trop dur d’y résister quand le flacon est à portée de main).

-Multiples caries. Parce que « Le sucre : le plus petit des grands plaisirs » disait la pub à l’époque. Et aussi parce que l’Antitousèche®, c’est trop bon.

Asthme intermittent léger notamment à l’effort de course produit pour tenter d’échapper à son grand-frère. Echec récurrent des tentatives de fuite. Aggravation des symptômes par temps froid et sec, du fait des hurlements poussés par l’enfant terrorisée, l’ouverture buccale ainsi créée diminuant le seuil d’apparition du bronchospasme.

-Développement progressif d’allergies saisonnières puis per-annuelles à  peu près à tout ce à quoi on peut devenir allergique.

Intoxication volontaire au Débouchné®, parce que le sérum phy c’est super, mais ça marche pas du tout quand la muqueuse nasale a  triplé de volume.

Dermographisme permettant la réalisation d’œuvres corporelles diaboliques (heureusement, l’inquisition, c’est fini), et de réflexions  indiscrètes de l’entourage du type « t’es toute rouge là, qu’est-ce qui t’arrive ? ».

Migraines (rares) et céphalées de tension (fréquentes)

CHIRURGICAUX

Fracture déplacée radius-cubitus Dt à 6 ans, pour avoir joué à la maîtresse et chuté d’un tronc d’environ 20 cm de haut. L’angulation étrange du membre a dans un premier temps traumatisé l’enfant qui la craignait définitive. Est allée voir sa mère en criant « chui handicapée ! chui handicapée ! ».

Au moment de l’anesthésie générale, s’est promis de s’opposer fermement à l’anesthésiste en résistant le plus longtemps possible avant de s’endormir. Elle a compté jusqu’à au moins trois avant de sombrer; Punition au réveil: était couchée dans un lit à barreaux, le bras attaché auxdits barreaux, et  partageait sa chambre avec un minus couché dans un lit normal. A trouvé ça totalement injuste.

Appendicectomie abusive vu la tête : 1/du chirurgien  2/de l’appendice une fois extrait.

GYNÉCO-OBSTÉTRICAUX

-G3P3, FCV à jour, CO par progestatif Stopmoutar® (migraines sous combinée), suivi régulier (Dr Alhé-Poucet).

ATCD FAMILIAUX

FDREA (Facteurs De Risque d’Encrassement Artériel) : HTA et hypercholestérolémie (mère)

FDRTP (Facteur De Risque de Trouble Psychique) : trouble bipolaire apparent (père) bien que non formellement étiqueté.

TRAITEMENT EN COURS

-NAUPOLENE® : 1cp le soir QSP 6 mois

-STOPMOUTAR® : 1cp/j à heure fixe, sans interruption QSP 6mois

-FRIBREZE® : 2 bouffées en cas de crise, à renouveler plusieurs fois par jour si nécessaire -1 flacon

-PAMAL® : 1 gélule si douleur, toutes les 4 à 6 heures sans dépasser 4 gélules/24h.  -1 boîte de 8

-ANTITOUSECHE® ah non, celui-là faut éviter, même si c’est trop bon.

-En cas de crise oedémateuse aigue : faire en urgence 1 injection intra-musculaire d’ADRÉVITE®

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