1 bouffée matin et soir

UN PEU D'AIR

Catégorie: evolution

Grand-mère veux-tu ?*

*Grand-mère veux-tu ?  est un jeu traditionnel où la grand-mère demande aux participants d’avancer à pas de bestioles diverses et variées, jusqu’à ce qu’un participant arrive à elle et la remplace. « Grand-mère veux tu ? », « Oui mon enfant. », « combien de pas ? », « trois pas de cui-cui ! ».

birdstep

C‘est par un joli neuf novembre ensoleillé et tropical, dans les premières années du millénaire en cours, que je débutais ma carrière de remplaçante en médecine générale. Autant commencer fort, j’inaugurais ma vie professionnelle par une garde de dimanche, chez un médecin que je ne connaissais que depuis la veille, lorsqu’elle m’avait confiée les clefs de son cabinet. Je ne savais presque rien de la médecine générale, n’ayant passé que trois mois auprès d’un médecin généraliste au cours de mes stages, et jamais en autonomie. Mais il fallait bien se lancer, et malgré l’appréhension, j’étais contente de voir le bout des études se profiler à l’horizon. Il me restait encore à accoucher d’une satanée thèse mais déjà, youpi, fini l’hôpital !

Cette première garde n’a pas été facile, et je devinais dans le regard des patients le reflet de mon peu de confiance en moi. Le tympan de cette petite fille accompagnée de son père ultra inquiet, l’avais-je  bien vu rouge et bombé ? Ou bien étaient-ce ses joues fiévreuses qui troublaient ma vue ?

Pendant quelques années j’ai eu droit à des remarques suspicieuses sur mon âge (du «vous êtes stagiaire?» l’air de rien, au  «vous faites bien jeune» l’air inquiet). Difficile dans ce contexte d’avouer ne pas savoir parfois, surtout quand on n’a jamais vu un médecin s’abaisser à avouer ses faiblesses avant…

Depuis j’ai remplacé une trentaine de médecins différents, de par les mornes Guadeloupéens jusqu’au piémont Pyrénéen, en milieu rural parfois, semi-rural souvent, citadin rarement, dans des zones menaçant  fréquemment de se transformer dans les années à venir en déserts médicaux. J’ai découvert des modes de fonctionnement originaux et éclectiques. Les échanges directs que j’ai pu avoir avec chacun des médecins, avant et après les remplacements ont révélé des personnalités variées, parfois contraires à mes valeurs, bousculant souvent les idées reçues qui étaient les miennes. Il y a eu ce médecin, qui faisait payer ses patients en liquide directement à la secrétaire AVANT la consultation et qui demandait quelques euros de plus que le tarif conventionnel en cas de délivrance d’un arrêt de travail : escroc! Vous me direz j’étais bien naïve, pourquoi  ce type de personnalité n’existerait pas aussi chez les médecins généralistes ?

Et bien je suis très longue à la détente. Très, très. Et jusqu’à récemment, je croyais aussi que les médecins étaient TOUS sûrs d’eux et de leurs diagnostics, connaissant pour chaque pathologie la meilleure conduite à tenir, alors que pour moi des pans entiers de médecine s’apparentaient à de grosses nébuleuses. J’avais, comparée à eux, l’impression d’avoir eu mon diplôme dans une pochette surprise. Mon manque de connaissance patent, je le comblais avec de l’écoute, beaucoup, et de l’imitation, pas mal. Au final tout le monde était content, sauf moi. Je passais du temps avec les patients, donnait intellectuellement ce que je pouvais et les remplacés avaient des retours positifs côté patient, et côté prise en charge, ils n’étaient pas dépaysés, puisque je m’épuisais à calquer les miennes sur les leurs : j’ai cru longtemps que les aérosols de budesonide pour chaque toux sans signes de gravité mais qui dure un peu ou qui empêche le conjoint de dormir, faisaient partie des recommandations. C’est faux mais c’est pourtant largement utilisé, sans preuve que ce soit un réel gain pour le patient. C’est ma responsabilité d’être critique envers mes propres prescriptions, mais je pense que je ne suis pas la seule à prescrire et avoir prescrit sans me poser les bonnes questions. J’ai ainsi appris sur le tas tout un tas de « trucs », persuadée que ceux qui les utilisaient étaient des supers-docteurs, omniscients, et qu’ils avaient raison.

Vous l’aurez compris, je me sentais ignorante, un véritable imposteur, et mon poil dans la main congénital ne m’aidait pas à avoir une autre idée de moi-même.

Un beau jour, après quelques années de cet exercice effectué globalement dans un sentiment de souffrance chaque fois renouvelé (qu’est-ce que ce patient va me demander que je ne vais pas savoir résoudre ?), j’ai découvert, par le plus grand des hasards, à la lecture du courrier professionnel d’une de mes remplacées, qu’il existait des organismes de formation médicale continue dispensant des formations sur des thèmes variés, et en plus que ces formations étaient indépendantes de l’industrie pharmaceutique et rémunérées. Mais pourquoi me l’avait-on caché ? Juste avant de débuter la première formation, j’étais persuadée que j’allais me faire ridiculiser par des médecins tous plus savants les uns que les autres. Pendant la formation, j’ai découvert que d’autres médecins, installés depuis des années, avaient eux aussi des doutes, parfois similaires aux miens, et ne connaissait pas par cœur la liste des interactions médicamenteuses avec les anticoagulants, incroyable ! Ce jour là fut un pas d’éléphant pour moi, pouvoir partager mon ignorance, j’en barrissais (intérieurement) de bonheur !

Mais LE pas de géant dans ma vie professionnelle, je l’ai fait il y a quelques mois seulement. Il est arrivé sans prévenir. Twitter, ça vous parle ? Avant de m’y intéresser, j’imaginais sans trop savoir un réseau futile pour ados post-MSN, où des stars qui n’en sont pas se disputent la plus haute côte de  popularité, nous prévenant sans délai de leur dernier passage chez le coiffeur. Puis il y a eu Pascale Clark  qui à force de citer le réseau à l’antenne, m’a mis la puce à l’oreille. Je me disais faut voir, tout en remettant à plus tard. Jusqu’au jour où je suis tombée sur un article concernant des médecins qui twittent. Ça m’a alors titillé tellement fort, que je suis allée voir cette bête si curieuse dont on parlait, et j’ai plongé tête la première : création de pseudo, choix d’une photo de profil, tapoter pour comprendre le fonctionnement, envoi d’un premier tweet… Et puis tout s’accélère ! J’ai consulté les profils des médecins cités dans l’article : ah-ah, la coquine : mais c’est donc par-là que se cachait Jaddo, dont j’avais dévoré le bouquin offert par ma mère quelques mois auparavant, et dont les faiblesses avouées m’avaient tant charmée. Je me suis abonnée alors à certains pour les suivre, et certains ont suivi mon compte en retour (spéciale dédicace à Tiben qui a été le premier)! Et là : miracle. Toutes ces questions que je me posais sans jamais aller plus loin, et bien: je n’étais pas la seule!!!

De questions purement administratives concernant notre affiliation à l’Urssaf, en passant pas des interrogations d’ordre médical sur les diagnostics différentiels à évoquer lors d’une éruption cutanée, jusqu’aux questionnements existentiels sur les relations parfois houleuses avec nos confrères. Vous me direz : bien, se poser des questions, quoi de plus naturel ? Mais avoir des réponses, partager des expériences et en tirer ce qui nous convient le mieux, là, c’était pour moi totalement inédit, et fabuleusement enrichissant. Et souvent drôle aussi, parce que twitter est aussi et beaucoup, un grand défouloir.

Souvenir souvenir: 1er tweet! 20-03-2012

De fil en aiguille, j’ai aussi découvert  derrière le réseau du petit oiseau, une communauté médicale et paramédicale de blogueurs aux textes variés, parfois intimistes, d’autres fois humoristiques ou engagés, évoquant leur quotidien et me ramenant inlassablement au mien. Impossible de passer outre le blog de  Fluorette, dont la sensibilité et parfois la colère m’ont tant marquée! Par contagion, je me suis lancée dans l’aventure de ce premier blog pour y partager des histoires qui me tiennent à cœur, et un peu plus tard d’un autre, composé d’antisèches pour pallier ma mémoire faillible en consultation.

De pas de loup en pas de gazelle, j’ai découvert la force d’une communauté dans laquelle je me suis en grande partie reconnue, défendant une médecine avant tout centrée sur le patient. Cela peut paraître une évidence à formuler ainsi, mais pourtant dans la réalité, les intérêts du patient sont souvent relégués au second plan. Alors voir des confrères lutter avec conviction pour ces valeurs d’humanité, ça réchauffe le cœur. Cela a été un vrai bonheur que de pouvoir soutenir la pétition contre l’indécence de certaines blouses que l’hôpital fait porter aux patients, puis de participer l’opération #PrivésDeDéserts et son manifeste « Médecine générale 2.0: les propositions des médecins généralistes blogueurs pour faire renaître la médecine générale », et plus récemment l’action de bruitsdessabots  pour remettre sur le devant de la scène le démarchage à caractère publicitaire et commercial des visiteurs médicaux.

Tout cela ne signifie pas que ce monde virtuel est tout rose, il y aussi, sur twitter comme ailleurs, des codes, des guerres de pouvoir, de l’instrumentalisation, des frustrations… et l’addiction au réseau qui peut présenter un certain danger dans la vie quotidienne : attention au déficit de sommeil chez l’enfant dont la mère n’arrive pas à décrocher pour aller le coucher, et à l’homme qui finit par parler tout seul tellement la mère de l’enfant-qui-ne-dort-pas ne lui répond pas… A chacun de prendre ce qu’il y a à prendre, de  soutenir et participer aux causes qui lui tiennent à cœur.

Au milieu de toutes ces causes justes, il y a eu aussi ces moments uniques pendant lesquels le réseau virtuel s’est mué en une belle réalité : j’y ai rencontré en chair et en os plusieurs Twittos. Rendez-vous compte : j’ai dormi avec farfadoc dans le grenier de docteurmilie et de son gentilmari, qui nous ont accueillies comme des reines ! Parfois Twitter se transforme même en agence ailée pour l’emploi : c’est ainsi que j’ai pu prendre le thé avec Tiben. La magie a opéré une deuxième fois et m’a envoyée visiter le talentueux DrSelmer! Ces rencontres sont bien plus que des rencontres entre collègues, elles concrétisent des affinités et complémentarités réelles, tant personnelles que professionnelles, qui ont pris naissance sur le réseau et ne demandent qu’à grandir. Nul doute qu’il y aura des tas de belles histoires nées de ces rencontres.

Après toutes ces découvertes, je me suis radicalement remise en question, et il y a sans conteste un avant et un après Twitter.

Avant, je pensais être ignorante et j’échangeais peu avec mes confrères.

Après, je suis toujours ignorante mais le partage d’expérience me permet de l’accepter et de progresser.

Exit ma conception du mythe du super-docteur, même si je suis persuadée qu’il y a pleins d’excellents toubibs, les meilleurs d’entre eux sont faillibles, et perfectibles.

Les déserts médicaux, qui inquiètent tant les populations, ont tout à gagner à ces transferts de connaissances et d’expériences incessants qui se font sur le réseau chaque minute que Twitter fait, et aident réellement à améliorer les pratiques de chacun. Il y aura toujours mille manières d’exercer la médecine et il y a rarement une réponse unique à un problème donné. Mais se sentir soutenue et aidée dans les décisions difficiles, en accord avec le patient acteur de la consultation médicale, est gage d’un minimum de réflexion, qui ne peut à mon sens qu’améliorer la qualité de l’échange. Trop de médecins ont entretenu et entretiennent encore l’image d’un soin miraculeux basé sur… pas grand chose! L’effet placebo ainsi généré est peut-être bénéfique à court terme pour un patient donné, mais à long terme ce genre de prise en charge entraîne un grand nombre de consultations inutiles. C’est le cas du patient qui vient le premier jour d’une rhinopharyngite en demandant que l’on en stoppe l’évolution : « J’ai le nez qui coule depuis ce matin et je viens vous voir pour que vous me coupiez le rhume, docteur». Malheureusement, j’ai beau marmonner des incantations pour que les virus meurent tous noyés dans les glaires, ils n’en font guère qu’à leur tête.

Je crois que le système a donné à certains patients les mauvaises clés pour se prendre en charge. J’ai dans la tête cet exemple banal : cette dame que je connais bien, vient pour des douleurs des cervicales irradiant au crâne et à l’épaule. Elle a eu une crise douloureuse deux jours auparavant mais plus rien le jour de la consultation. Elle venait donc déjà guérie. Elle me dit « j’aurais du venir avant ! ». Je lui réponds « oui, comme ça je vous aurai vu, les douleurs auraient disparu et vous auriez pensé que c’était grâce à moi parce que je suis un super bon docteur ». Ma vanne l’a amusée (humour à deux balles de consultation, j’en conviens), et je lui ai expliqué qu’elle n’avait pas forcément besoin de consulter dès le début pour ce type de symptômes si elle n’était pas inquiète ou qu’elle n’arrivait pas à soulager sa douleur. C’est très difficile de contredire un patient qui dit « docteur, la dernière fois vous m’avez bien soigné j’ai guéri vite grâce à vous! », mais je crois que c’est un mal nécessaire. Remettre un peu d’humilité et insister sur les ressources du patient lui-même, c’est aussi éviter des explications fatigantes  quand ça prend plus longtemps que prévu pour guérir et qu’alors on devient un super mauvais docteur aux yeux du patient.

Twitter m’a littéralement projeté dans une dimension médicale ou l’isolement et le mensonge ne sont plus de mise. Ce n’est pas une question de réseau social ni de virtualité, mais la découverte d’un état d’esprit basé sur le partage, qui donne à espérer pour demain une médecine générale toute neuve, interactive et attractive.

Après des années de piétinement, un pas d’éléphant suivi d’un pas de géant, de pas de loup et de gazelle, j’avance maintenant à pas de fourmi, tranquillement, vers une sérénité accessible. J’espère que d’autres voudront bien jouer avec  moi.

 

Exocytose

golgi

« L’appareil de Golgi participe activement au processus de sécrétion c’est-à-dire au processus qui procède à la libération des produits finis hors de la cellule qui les a produits. L’appareil de Golgi sert d’organe de traitement, d’entreposage et d’emballage des produits de sécrétion fabriqués au niveau du réticulum endoplasmique rugueux, ceci jusqu’à ce que la cellule reçoive la commande de sécréter. Au moment de la livraison, les vésicules de sécrétion se fusionnent à la membrane cytoplasmique et quittent la cellule par exocytose.¹« 

Depuis l’intérieur de son cocon utérin, Émilie perçoit la musique ronronnante du phrasé professoral, la voix grave l’enveloppe toute entière de ses vibrations, et elle aime ça. Sa mère, une fesse de travers sur le minuscule banc de l’amphi, se demande si le cours s’achève bientôt, elle est pressée de rentrer pour s’affaler sur son lit et végéter un peu en attendant Arthur. Il lui apportera peut-être un peu de riz cantonais de ses livraisons, qu’ils pourront partager en se racontant leur journée. Alors Émilie reconnaitra les voix familières et quelques heures plus tard, lorsque ses parents dormiront, elle sentira dans sa bouche un léger goût de sauce soja. Ce n’est pas ce qu’elle préfère, et elle se rebelle un peu, remuant bras et jambes comme pour élargir son antre, réveillant sa mère au passage.

Après quelques mois de cette vie au départ confortable, mais qui devient de plus en plus étriquée, Émilie aspire à de grands espaces et décide de s’évader de la prison maternelle. Elle y parvient au prix des hurlements de sa génitrice, comme si cette dernière voulait lui signifier l’intensité du déchirement de la séparation. Pas question de ne rien dire, Émilie crie aussi, et voilà que la dame et le monsieur dont les voix lui sont familières pleurent de concert et la prennent dans les bras à tour de rôle, c’est chaud, c’est doux, elle s’endort en tétant, ouf pas de saveur soja dans ce liquide là.

La dame et le monsieur ont l’air de vouloir rester tout le temps avec elle, alors elle utilise leurs membres telles des lianes, s’agrippant autour de leurs troncs pour recevoir sa pitance affective et nutritive. Elle comprend bientôt qu’ils sont d’accord pour s’appeler papa et maman, vu leurs visages béats et leurs rires un tantinet stupides quand elle produit les syllabes magiques. Bon, une fois qu’elle a fait plusieurs fois le tour des énergumènes et qu’elle commence à les cerner, elle aimerait bien voir un peu le monde autour. A force d’exercices intensifs de musculation, ses jambes veulent bien porter le poids de son corps et l’autoriser d’abord à de petits déplacements en milieu fermé, puis une fois qu’elle a prouvé à papa-maman qu’elle peut passer par-dessus le parc, en avant pour explorer l’ailleurs!

Elle s’est vite rendue à l’évidence: l’autonomie ne plaît pas toujours aux grands, vu les sourcils froncés qui commencent à fleurir et les NON-avec-index-pointé-remuant qui s’y ajoutent. Pourtant, quoi de plus excitant que de monter sur le lit et de s’approcher de la fenêtre ouverte pour regarder dehors depuis le 7è étage? Il faut trouver d’autres moyens de se mettre les parents dans la poche, alors elle rigole à leurs blagues incompréhensibles et met ses cacas dans le pot, et ça marche!

Ce n’est pas tout de comprendre les deux rigolos avec qui elle vit,  il y a toujours plus de nouvelles personnes qui gravitent autour d’elle, et on dirait bien que les grands n’ont pas tous le même mode d’emploi. Même papy ne fonctionne pas pareil durant deux minutes d’affilée: la première il fait une séance de chatouille et la seconde il ne parle plus ou l’envoie balader.

Heureusement il y a aussi des petites personnes comme elle avec qui elle se sent libre de s’exprimer et si ça lui chante de faire semblant d’être orpheline. Ça fait du bien, surtout que chez elle il y a de l’eau dans le gaz et qu’elle est ballotée entre deux maisons pendant toute une année, de quoi être en colère après les adultes qui, d’après le contrat, étaient sensés lui offrir un cadre de vie stable.

Mazette, l’école c’est trop cool, elle s’y sent bien, on encourage ses progrès et ça donne envie d’en faire encore. Elle veut grandir! Vers 7 ans elle commence à s’affirmer, ses parents n’ont d’autre choix que de se remettre en question. Ils la mettent à l’épreuve en partant tous les trois à 6000 kilomètres de ses repères, on va voir si tu es vraiment grande tiens! Elle s’adapte au pays et joue un peu avec leurs nerfs en s’amusant à devenir un garçon. C’est pas comme si sa mère ne lui avait pas déjà raconté qu’elle-même était un garçon manqué quand elle était enfant. Alors, où est le problème?

Bon une fois qu’ils se sont fait à l’idée qu’elle pouvait être différente de ce qu’ils imaginaient, ils la mette à nouveau à l’épreuve et lui font le coup de la petite sœur, le jeu commence à se corser sévère! Donc, la petite sœur s’appelle Léa. Elle l’aime, c’est un fait. Mais parfois aussi, elle la déteste de provoquer chez les parents ces sourires béats.

Quand Léa sait courir, ils font le grand voyage du retour pour atterrir en zone inconnue, histoire que ce ne soit pas trop facile pour elle non plus. Mais Émilie relève le défi et s’adapte à nouveau, se lie d’amitié avec les enfants du village et continue à vouloir grandir, réclamant un peu plus d’autonomie au fur et à mesure qu’elle avance en âge : le portable (ils suffit de persévérer intelligemment dans la demande, en commençant à un âge où on ne l’espère même pas, par exemple 11 ans, en redemandant régulièrement tous les mois, en en parlant à son tonton qui vous file son ancien portable à 13 ans et hop,le tour est joué!), les sorties pour lesquelles il faut ruser et surtout toujours être progressif. Ils peuvent bien comprendre qu’elle a besoin de respirer, surtout qu’ils lui ont sympathiquement imposé une deuxième petite sœur pour ses 12 ans…

Collégienne, Émilie connaît de vrais passages à vide et de bouleversements de l’âme,  l’approche du lycée l’angoisse, et ses parents dont elle veut à la fois se détacher et dont elle attend le soutien, ont du mal à la comprendre comme ils le souhaiteraient, lui serinant que c’est super de grandir, qu’on fait ce qu’on veut, génial, m’enfin quand elle les regarde elle ne voit pas bien en quoi c’est si génial de ne toujours pas savoir ce que tu veux faire quand tu commences à avoir des cheveux blancs.

Lycéenne, chaque année est un pas de plus vers l’envol mais l’enjeu est trop lourd, et la dernière année elle recule de quelques pas, réclamant attention et câlins, comme pour mettre le temps en pause avant de prendre son élan et s’extraire de la cellule familiale. Les parents, occupés corps et âmes à s’inquiéter parce qu’ils ne la sentent pas prête, ne se rendent même pas compte que eux non plus ne sont pas prêts. Bref, elle doit faire tout le boulot pour tout le monde, à se demander qui est né en premier.

A la rentrée cette année, Émilie est assise du bout des fesses sur le minuscule banc d’un amphi. Elle écoute la voix du prof qui lui raconte des histoires de vésicules coincées à l’intérieur d’une cellule et qui doivent effectuer un parcours complexe pour  aller déverser leur contenu au dehors. Une histoire bien familière.

Chère Paula

Bolquère, 13 juillet  1989

Ma très chère Paula,

Déjà quatre jours que nous ne nous sommes pas vues, et tu me manques terriblement.

Je suis passée chez ma grand-mère, et je m’y suis ennuyée comme un rat mort, malgré mes auto-tentatives de rigolades devant la glace en faisant le poireau mais imiter un poireau n’a pas la même saveur en solitaire. J’ai lu pour passer le temps.  Le pays d’octobre, de Ray Bradbury, génial, rappelle moi de te le passer. J’ai  aussi usé moultes piles dans mon walkman, et mon index fatigue à rembobiner  Jumping someone else’s train et My girl, c’est plus fort que moi.

Nous sommes arrivés à Bolquère hier. Ca me fait tout drôle de me dire que j’ai appris la mort de mon grand-père ici, un jeudi il y a 4 ans. Je ne suis plus la même. A l’époque la fille du directeur était mon amie. Je ne sais pas si on s’entendrait encore, mais décidément, unlucky, elle est en vacances chez sa mère… Elle avait aussi une grosse chienne noire que j’aimais beaucoup (si, si! Je sais que tu as du mal à y croire mais ce chien là était vraiment différent),  disparue elle aussi. Je vis au milieu de fantômes.

J’ai appelé Mathias hier. J’ai du attendre l’heure du repas pour être peinard, le téléphone est dans les escaliers communs. J’ai utilisé toutes mes pièces jaunes, tout ça pour pas grand-chose. Il m’a énervé, je ne sais pas si j’ai envie de le revoir. Là, tout de suite maintenant : il me dégoûte. Il était limite agressif à vouloir savoir avec qui j’étais, je lui ai dit qu’il y avait bien quelques gueules, même si en vrai ils sont tous moches et boutonneux (y’en a un, tu verrais, on voit plus ses yeux au milieu des pustules). Au final on ne s’est pas dit grand-chose, je suis sensée le rappeler demain soir mais je crois que je ne vais pas le faire. Moi qui croyais que c’était l’amour de ma vie, il a tout gâché.

J’ai réussi à aller m’en griller une après le coup de téléphone, j’y aurais bien mis une petite boulette mais ça craignait trop d’avoir les yeux explosés à table. Déjà qu’on a choqué mon père à vie ! Mémorable souvenir : lui, tout souriant faisant son footing et nous, allongées dans l’herbe du terrain vague, et cette tronche qu’il a tirée en voyant la fumée. Je ne me vois pas lui en rajouter en arrivant avec des yeux de lapin.
Quoi qu’il est  vraiment tellement con, difficile de faire pire. Quand je pense qu’il ne m’a pas cru quand je lui disais que ça dealait au collège, à l’époque (la bonne !) où nous avions été nommées particules du « noyau pourri de la classe ». Dès fois j’aimerais disparaître devant tant de connerie, je me demande comment j’ai pu le supporter avant.

Dans ces moments là, je pense à toi et tout s’éclaire. Ma sœur, grâce à toi je n’ai plus peur (rime pourrie, excuse).

Demain ils veulent m’emmener au resto pour mon anniversaire, je préfèrerais clairement rester dans mon lit et fêter ça tranquille avec ce qui me reste de truc à rigoler. Le rêve serait que tu me rejoignes. Allez, plus que 5 jours.
Au secours, c‘est trop long !!!

Love xxxx

Natalia

Llo, 13 Juillet 2012

Ma très chère Paula,

Voilà bien longtemps que je n’ai pas pris la plume. Pourtant je pense à toi souvent.

Nous sommes dans les Pyrénées Orientales, en vacances. Nous avons fait une étape de deux jours chez mes parents. Ma foi, les discussions y sont toujours aussi pauvres, et à part manger nous n’avons pas fait grand-chose.
Mon père se traite à coups d’anxiolytiques, il fait moins d’épisodes dépressifs, il est plus égal sur la durée, quoi que parfois très injuste avec ma mère… Égoïstement je suis très contente d’habiter suffisamment loin pour ne pas vivre ça au quotidien. Je ne m’y attendais pas mais mon frère a eu quelques épisodes de prostration, il ressemble de plus en plus au paternel. Ce qui le sauvera est la conscience qu’il en a.
Si les petites n’avaient pas réclamé de voir leurs grands-parents, je ne suis pas sûre qu’on y serait passé. Au retour on rentrera direct.

La maison que nous avons louée ici est vieillotte mais si rassurante, je me sens bien dans les paysages de mes étés d’enfance. Il y a des fraises des bois, beaucoup, ça sent déjà la tarte ! Les filles s’occupent bien. Juliette et Léa se chamaillent à qui poussera la poussette de la poupée (j’aurais du en prendre deux), mais elles sont inséparables. Emilie tapote sur son mobile. Elle a eu son bac! Tu te rends compte ?

Je me souviens du bonheur que j’avais eu en tenant ma petite cousine dans les bras quand j’étais ado, et une poignée d’années plus tard c’était mon bébé qui s’y  lovait douillettement! Depuis, elle a bien pris 120 cm et je n’arrive plus à la porter.

J’ai l’impression de n’avoir rien vu passer depuis cet été là, celui au bout duquel Mathias n’est jamais revenu. Ses parents l’ont emmené en vacances et ne sont juste pas rentré, drôle de manière de faire. Finalement ça m’avait plutôt arrangé, même si du coup notre histoire est resté en suspens. Pour corser la séquence Nostalgie, j’ai la radio allumée qui chante From now on, et me propulse presque 25 ans en arrière quand on traînait nos basques entre chez moi et chez toi, chez l’une et le collège, chez l’autre et la ville, rendez-vous à la passerelle !

Peut-être qu’un jour je lui dirai que je ne l’aimais déjà plus. En attendant j’ai coupé tous les ponts. Il y a  trois ans, il semblait avide de vouloir s’expliquer au sujet de cet épisode de sa vie. Arthur n’apprécie guère la possibilité d’une rencontre, je le comprends. Rencontrer ses ex, surtout le premier grand amour, c’est un peu casse-gueule pour un couple, même s’il a résisté jusque là à l’épreuve du temps!

Les années passent, Émilie va quitter le foyer, nous avons encore un peu de répit mais inéluctablement ses sœurs suivront. Je ne sais pas si alors, quand nous nous retrouverons tous les deux avec Arthur, nous aurons enfin trouvé un semblant d’équilibre. Personnel. Professionnel. Mon boulot me plaît mais je me demande toujours comment j’ai vraiment envie de l’exercer, je n’ai pas envie de me mettre la corde au cou en m’installant, mais je suis toujours en insécurité en ne m’installant pas. Je veux passer du temps en famille et avoir du temps pour moi. Le beurre et l’argent du beurre, syndrome d’insatisfaction chronique ? peut-être que ça m’empêche (faussement) de vieillir ? Quand je vois des gens de mon âge en consultation, je les observe toujours avec beaucoup d’étonnement et de curiosité, parce qu’ils me semblent si mûrs parfois, que j’ai l’impression qu’ils ont cent ans et moi quinze.

Et pourtant demain  je rajoute un an au compteur. Pourvu qu’il y ait du gâteau!

Avec tout ça on ne se voit pas. Ta petite doit marcher déjà ! J’aimerai qu’on s’évade un peu ensemble quand nos moyens nous le permettront. Avant d’être des vieilles peaux. On rigolera de rien et le monde entier pensera qu’on se fout de lui. On dormira dans le même lit, mais sans chat sur la tête, et tu t’endormiras, bercée par mon monologue.

Bisouxxxx

Natalia

MÉDECINE GÉNÉRALE 2.0, Les propositions des médecins généralistes blogueurs pour faire renaître la médecine générale

J’ai un beau métier. Et pourtant depuis des mois je m’interroge sur l’avenir de ma profession. Trop d’indices pointent une médecine générale fragile: l’accès aux soins se détériore, les conditions d’exercice aussi. Les patients ont parfois du mal à être pris en charge dans des délais raisonnables. Les médecins généralistes sont peu reconnus, leurs compétences mises en doute, leur confiance en eux malmenée.

Mais si le tableau actuel et sombre, il existe bel et bien des solution  pour éclairer l’avenir. Le texte qui suit propose une autre vision de la médecine générale, une médecine forte et indispensable, au cœur du système de soins, une médecine générale courageuse et réaliste, qui se propose d’apporter des solutions à l’épineux problème des déserts médicaux.

Ce texte a été rédigé par des médecins généralistes blogueurs puis discuté et approuvé par d’autres (voir liste en fin d’article) avec l’aide et le soutien de médecins généralistes non blogueurs et de spécialistes, sans oublier Twitter qui nous a mis en relation et qui chaque jour nous permet d’échanger et de rompre l’isolement professionnel parfois bien réel de nos cabinets.

C’est donc ensemble que 24 généralistes blogueurs ont choisi de publier ce texte sur leurs blogs respectifs et espèrent pouvoir mettre la médecine générale au cœur d’un débat constructif.

 

« 

Médecine générale 2.0

Les propositions des médecins généralistes blogueurs pour faire renaître la médecine générale

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur le territoire ? Chacun semble avoir un avis sur ce sujet, d’autant plus tranché qu’il est éloigné des réalités du terrain.

Nous, médecins généralistes blogueurs, acteurs d’un « monde de la santé 2.0 », nous nous reconnaissons mal dans les positions émanant des diverses structures officielles qui, bien souvent, se contentent de défendre leur pré carré et s’arc-boutent sur les ordres établis.

À l’heure où les discussions concernant l’avenir de la médecine générale font la une des médias, nous avons souhaité prendre position et constituer une force de proposition.

Conscients des enjeux et des impératifs qui sont devant nous, héritages d’erreurs passées, nous ne souhaitons pas nous dérober à nos responsabilités. Pas plus que nous ne souhaitons laisser le monopole de la parole à d’autres.

Notre ambition est de délivrer à nos patients des soins primaires de qualité, dans le respect de l’éthique qui doit guider notre exercice, et au meilleur coût pour les budgets sociaux. Nous souhaitons faire du bon travail, continuer à aimer notre métier, et surtout le faire aimer aux générations futures de médecins pour lui permettre de perdurer.

Nous pensons que c’est possible.

Sortir du modèle centré sur l’hôpital

La réforme de 1958 a lancé l’hôpital universitaire moderne. C’était une bonne chose qui a permis à la médecine française d’atteindre l’excellence, reconnue internationalement.

Pour autant, l’exercice libéral s’est trouvé marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. En 50 ans, l’idée que l’hôpital doit être le lieu quasi unique de l’enseignement médical s’est ancrée dans les esprits. Les universitaires en poste actuellement n’ont pas connu d’autre environnement.

L’exercice hospitalier et salarié est ainsi devenu une norme, un modèle unique pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice libéral qu’ils n’ont jamais rencontré pendant leurs études.

C’est une profonde anomalie qui explique en grande partie nos difficultés actuelles.

Cet hospitalo-centrisme a eu d’autres conséquences dramatiques :

–          Les médecins généralistes (MG) n’étant pas présents à l’hôpital n’ont eu accès que tout récemment et très partiellement à la formation des étudiants destinés à leur succéder.

–          Les budgets universitaires dédiés à la MG sont ridicules en regard des effectifs à former.

–          Lors des négociations conventionnelles successives depuis 1989, les spécialistes formés à l’hôpital ont obtenu l’accès exclusif aux dépassements d’honoraires créés en 1980, au détriment des généralistes contraints de se contenter d’honoraires conventionnels bloqués.

Pour casser cette dynamique mortifère pour la médecine générale, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

Cette réforme aura un double effet :

–          Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice.

–          Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Nous faisons l’analyse que toute mesure visant à obliger les jeunes MG à s’installer en zone déficitaire aurait un effet majeur de repoussoir. Elle ne ferait qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

C’est au contraire une véritable réflexion sur l’avenir de notre système de santé solidaire que nous souhaitons mener. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’erreurs considérables commises avec la complicité passive de confrères plus âgés, dont certains voudraient désormais en faire payer le prix aux jeunes générations.

Idées-forces

Les idées qui sous-tendent notre proposition sont résumées ci-dessous, elles seront détaillées ensuite.

Elles sont applicables rapidement.

1) Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

2) Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital : les MSP se voient attribuer un statut universitaire et hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique. Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

3) Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner : statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

4) Création d’un nouveau métier de la santé : « Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt » (AGI). Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt.

1) 1000 Maisons Universitaires de Santé

Le chiffre paraît énorme, et pourtant… Dans le cadre d’un appel d’offres national, le coût unitaire d’une MUSt ne dépassera pas le million d’euros (1000  m2. Coût 900 €/m2).

Le foncier sera fourni gratuitement par les communes ou les intercommunalités mises en compétition pour recevoir la MUSt. Il leur sera d’ailleurs demandé en sus de fournir des logements à prix très réduit pour les étudiants en stage dans la MUSt. Certains centres de santé municipaux déficitaires pourront être convertis en MUSt.

Au final, la construction de ces 1000 MUSt ne devrait pas coûter plus cher que la vaccination antigrippale de 2009 ou 5 ans de prescriptions de médicaments (inutiles) contre la maladie d’Alzheimer. C’est donc possible, pour ne pas dire facile.

Une MUSt est appelée à recevoir des médecins généralistes et des paramédicaux. La surface non utilisée par l’activité de soin universitaire peut être louée à d’autres professions de santé qui ne font pas partie administrativement de la MUSt (autres médecins spécialistes, dentiste, laboratoire d’analyse, cabinet de radiologie…). Ces MUSt deviennent de véritables pôles de santé urbains et ruraux.

Le concept de MUSt fait déjà l’objet d’expérimentations, dans le 94 notamment, il n’a donc rien d’utopique.

2) L’université dans la ville

Le personnel médical qui fera fonctionner ces MUSt sera constitué en grande partie d’internes et de médecins en post-internat :

  • Des internes en médecine générale pour deux de leurs semestres qu’ils passaient jusqu’ici à l’hôpital. Leur cursus comportera donc en tout 2 semestres en MUSt, 1 semestre chez le praticien et 3 semestres hospitaliers. Ils seront rémunérés par l’ARS, subrogée dans le paiement des honoraires facturés aux patients qui permettront de couvrir une partie de leur rémunération. Le coût global de ces internes pour les ARS sera donc très inférieur à leur coût hospitalier du fait des honoraires perçus.
  • De chefs de clinique universitaire de médecine générale (CCUMG), postes à créer en nombre pour rattraper le retard pris sur les autres spécialités. Le plus simple est d’attribuer proportionnellement à la médecine générale autant de postes de CCU ou assimilés qu’aux autres spécialités (un poste pour deux internes), soit un minimum de 3000 postes (1500 postes renouvelés chaque année). La durée de ce clinicat est de deux ans, ce qui garantira la présence d’au moins deux CCUMG par MUSt. Comme les autres chefs de clinique, ces CCUMG sont rémunérés à la fois par l’éducation nationale (part enseignante) et par l’ARS, qui reçoit en retour les honoraires liés aux soins délivrés. Ils bénéficient des mêmes rémunérations moyennes, prérogatives et avantages que les CCU hospitaliers.

Il pourrait être souhaitable que leur revenu comprenne une base salariée majoritaire, mais aussi une part variable dépendant de l’activité (par exemple, 20 % du montant des actes pratiqués) comme cela se pratique dans de nombreux dispensaires avec un impact significatif sur la productivité des consultants.

  • Des externes pour leur premier stage de DCEM3, tel que prévu par les textes et non appliqué faute de structure d’accueil. Leur modeste rémunération sera versée par l’ARS. Ils ne peuvent pas facturer d’actes, mais participent à l’activité et à la productivité des internes et des CCUMG.
  • De médecins seniors au statut mixte : les MG libéro-universitaires. Ils ont le choix d’être rémunérés par l’ARS, subrogée dans la perception de leurs honoraires (avec une part variable liée à l’activité) ou de fonctionner comme des libéraux exclusifs pour leur activité de soin. Une deuxième rémunération universitaire s’ajoute à la précédente, liée à leur fonction d’encadrement et d’enseignement. Du fait de l’importance de la présence de ces CCUMG pour lutter contre les déserts médicaux, leur rémunération universitaire pourra être financée par des budgets extérieurs à l’éducation nationale ou par des compensations entre ministères.

Au-delà de la nouveauté que représentent les MUSt, il nous paraît nécessaire, sur le long terme, de repenser l’organisation du cursus des études médicales sur un plan géographique en favorisant au maximum la décentralisation hors CHU, aussi bien des stages que des enseignements.

En effet, comment ne pas comprendre qu’un jeune médecin qui a passé une dizaine d’années dans sa ville de faculté et y a construit une vie familiale et amicale ne souhaite pas bien souvent y rester ?

Une telle organisation existe déjà, par exemple, pour les écoles infirmières, garantissant une couverture assez harmonieuse de tout le territoire par cette profession, et les nouvelles technologies permettent d’ores et déjà, de manière simple et peu onéreuse, cette décentralisation pour tous les enseignements théoriques.

3) Incitation plutôt que coercition : des salaires aux enchères

Le choix de la MUSt pour le bref stage de ville obligatoire des DCEM3 se fait par ordre alphabétique avec tirage au sort du premier à choisir, c’est la seule affectation qui présente une composante coercitive.

Le choix de la MUSt pour les chefs de clinique et les internes se pratique sur le principe de l’enchère : au salaire de base égal au SMIC est ajouté une prime annuelle qui sert de régulateur de choix : la prime augmente à partir de zéro jusqu’à ce qu’un(e) candidat(e) se manifeste. Pour les MUSt « difficiles », la prime peut atteindre un montant important, car elle n’est pas limitée. Par rapport à la rémunération actuelle d’un CCU (45 000 €/an), nous faisons le pari que la rémunération globale moyenne n’excédera pas ce montant.

En cas de candidats multiples pour une prime à zéro (et donc une rémunération de base au SMIC pour les MUSt les plus attractives) un tirage au sort départage les candidats.

Ce système un peu complexe présente l’énorme avantage de ne créer aucune frustration puisque chacun choisit son poste en mettant en balance la pénibilité et la rémunération.

De plus, il permet d’avoir la garantie que tous les postes seront pourvus.

Ce n’est jamais que la reproduction du fonctionnement habituel du marché du travail : l’employeur augmente le salaire pour un poste donné jusqu’à trouver un candidat ayant le profil requis et acceptant la rémunération. La différence est qu’il s’agit là de fonctions temporaires (6 mois pour les internes, 2 ans pour les chefs de clinique) justifiant d’intégrer cette rémunération variable sous forme de prime.

Avec un tel dispositif, ce sont 6 000 médecins généralistes qui seront disponibles en permanence dans les zones sous-médicalisées : 3000 CCUMG et 3000 internes de médecine générale.

4) Un nouveau métier de la santé : AGI de MUSt

Les MUSt fonctionnent bien sûr avec une ou deux secrétaires médicales suivant leur effectif médical et paramédical.

Mais la nouveauté que nous proposons est la création d’un nouveau métier : Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt. Il s’agit d’un condensé des fonctions remplies à l’hôpital par les agents administratifs et les cadres de santé hospitaliers.

C’est une véritable fonction de cadre supérieur de santé qui comporte les missions suivantes au sein de la MUSt :

— Gestion administrative et technique (achats, coordination des dépenses…).

— Gestion des ressources humaines.

— Interfaçage avec les tutelles universitaires

— Interfaçage avec l’ARS, la mairie et le Conseil Régional

— Gestion des locaux loués à d’autres professionnels.

Si cette nouvelle fonction se développe initialement au sein des MUSt, il sera possible ensuite de la généraliser aux cabinets de groupes ou maisons de santé non universitaires, et de proposer des solutions mutualisées pour tous les médecins qui le souhaiteront.

Cette délégation de tâches administratives est en effet indispensable afin de permettre aux MG de se concentrer sur leurs tâches réellement médicales : là où un généraliste anglais embauche en moyenne 2,5 équivalents temps plein, le généraliste français en est à une ½ secrétaire ; et encore, ce gain qualitatif représente-t-il parfois un réel sacrifice financier.

Directement ou indirectement, il s’agit donc de nous donner les moyens de travailler correctement sans nous disperser dans des tâches administratives ou de secrétariat.

Une formule innovante : les « chèques-emploi médecin »

Une solution complémentaire à l’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.[1]

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien) employés par les cabinets de médecins libéraux, équivalent du chèque-emploi pour les familles.

Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

Cette solution stimulerait l’emploi dans les déserts médicaux et pourrait donc bénéficier de subventions spécifiques. Le chèque-emploi servirait ainsi directement à une amélioration qualitative des soins et à dégager du temps médical pour mieux servir la population.

Il est beaucoup question de « délégation de tâche » actuellement. Or ce ne sont pas les soins aux patients que les médecins souhaitent déléguer pour améliorer leur disponibilité : ce sont les contraintes administratives !

Former des agents administratifs est bien plus simple et rapide que de former des infirmières, professionnelles de santé qualifiées qui sont tout aussi nécessaires et débordées que les médecins dans les déserts médicaux.

Aspects financiers : un budget très raisonnable

Nous avons vu que la construction de 1000 MUSt coûtera moins cher que 5 ans de médicaments anti-Alzheimer ou qu’une vaccination antigrippale comme celle engagée contre la pandémie de 2009.

Les internes étaient rémunérés par l’hôpital, ils le seront par l’ARS. Les honoraires générés par leur activité de soin devraient compenser les frais que l’hôpital devra engager pour les remplacer par des FFI, permettant une opération neutre sur le plan financier, comme ce sera le cas pour les externes.

La rémunération des chefs de clinique constitue un coût supplémentaire, à la mesure de l’enjeu de cette réforme. Il s’agit d’un simple rattrapage du retard pris dans les nominations de CCUMG chez les MG par rapport aux autres spécialités. De plus, la production d’honoraires par les CCUMG compensera en partie leurs coûts salariaux. La dépense universitaire pour ces 3000 postes est de l’ordre de 100 millions d’euros par an, soit 0,06 % des dépenses de santé françaises. À titre de comparaison, le plan Alzheimer 2008-2012 a été doté d’un budget de 1,6 milliard d’euros. Il nous semble que le retour des médecins dans les campagnes est un objectif sanitaire, qui justifie lui aussi un « Plan » et non des mesures hâtives dépourvues de vision à long terme.

N’oublions pas non plus qu’une médecine de qualité dans un environnement universitaire est réputée moins coûteuse, notamment en prescriptions médicamenteuses. Or, un médecin « coûte » à l’assurance-maladie le double de ses honoraires en médicaments. Si ces CCUMG prescrivent ne serait-ce que 20 % moins que la moyenne des  autres prescripteurs, c’est 40 % de leur salaire qui est économisé par l’assurance-maladie.

Les secrétaires médicales seront rémunérées en partie par la masse d’honoraires générée, y compris par les « libéro-universitaires », en partie par la commune ou l’intercommunalité candidate à l’implantation d’une MUSt.

Le reclassement des visiteurs médicaux

Le poste d’Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt constitue le seul budget significatif créé par cette réforme. Nous avons une proposition originale à ce sujet. Il existe actuellement en France plusieurs milliers de visiteurs médicaux assurant la promotion des médicaments auprès des prescripteurs. Nous savons que cette promotion est responsable de surcoûts importants pour l’assurance-maladie. Une solution originale consisterait à interdire cette activité promotionnelle et à utiliser ce vivier de ressources humaines libérées pour créer les AGI.

En effet, le devenir de ces personnels constitue l’un des freins majeurs opposés à la suppression de la visite médicale. Objection recevable ne serait-ce que sur le plan humain. Ces personnels sont déjà répartis sur le territoire, connaissent bien l’exercice médical et les médecins. Une formation supplémentaire de un an leur permettrait d’exercer cette nouvelle fonction plus prestigieuse que leur ancienne activité commerciale.

Dans la mesure où leurs salaires (industriels) étaient forcément inférieurs aux prescriptions induites par leurs passages répétés chez les médecins, il n’est pas absurde de penser que l’économie induite pour l’assurance-maladie et les mutuelles sera supérieure au coût global de ces nouveaux agents administratifs de ville.

Il s’agirait donc d’une solution réaliste, humainement responsable et économiquement neutre pour l’assurance maladie.

Globalement, cette réforme est donc peu coûteuse. Nous pensons qu’elle pourrait même générer une économie globale, tout en apportant plusieurs milliers de soignants immédiatement opérationnels là où le besoin en est le plus criant.

De toute façon, les autres mesures envisagées sont soit plus coûteuses (fonctionnarisation des médecins libéraux) soit irréalisables (implanter durablement des jeunes médecins là où il n’y a plus d’école, de poste, ni de commerces). Ce n’est certainement pas en maltraitant davantage une profession déjà extraordinairement fragilisée qu’il sera possible d’inverser les tendances actuelles.

Calendrier

La réforme doit être mise en place avec « agilité ». Le principe sera testé dans des MUSt expérimentales et modifié en fonction des difficultés rencontrées. L’objectif est une généralisation en 3 ans.

Ce délai permettra aux étudiants de savoir où ils s’engagent lors de leur choix de spécialité. Il permettra également de recruter et former les maîtres de stage libéro-universitaires ; il permettra enfin aux ex-visiteurs médicaux de se former à leurs nouvelles fonctions.

Et quoi d’autre ?

Dans ce document, déjà bien long, nous avons souhaité cibler des propositions simples et originales. Nous n’avons pas voulu l’alourdir en reprenant de nombreuses autres propositions déjà exprimées ailleurs ou qui nous paraissent dorénavant des évidences, par exemple :

  • L’indépendance de notre formation initiale et continue vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique ou de tout autre intérêt particulier.
  • La nécessité d’assurer une protection sociale satisfaisante des médecins (maternité, accidents du travail…).
  • La nécessaire diversification des modes de rémunération.

Si nous ne rejetons pas forcément le principe du paiement à l’acte – qui a ses propres avantages –, il ne nous semble plus pouvoir constituer le seul socle de notre rémunération. Il s’agit donc de :

— Augmenter la part de revenus forfaitaires, actuellement marginale.

— Ouvrir la possibilité de systèmes de rémunération mixtes associant capitation et paiement à l’acte ou salariat et paiement à l’acte.

— Surtout, inventer un cadre flexible, car nous pensons qu’il devrait être possible d’exercer la « médecine de famille » ambulatoire en choisissant son mode de rémunération.

  • La fin de la logique mortifère de la rémunération à la performance fondée sur d’hypothétiques critères « objectifs », constat déjà fait par d’autres pays qui ont tenté ces expériences. En revanche, il est possible d’inventer une évaluation qualitative intelligente à condition de faire preuve de courage et d’imagination.
  • La nécessité de viser globalement une revalorisation des revenus des généralistes français qui sont aujourd’hui au bas de l’échelle des revenus parmi les médecins français, mais aussi en comparaison des autres médecins généralistes européens.

D’autres pays l’ont compris : lorsque les généralistes sont mieux rémunérés et ont les moyens de travailler convenablement, les dépenses globales de santé baissent !

Riche de notre diversité d’âges, d’origines géographiques ou de mode d’exercice, et partageant pourtant la même vision des fondamentaux de notre métier, notre communauté informelle est prête à prendre part aux débats à venir.

Dotés de nos propres outils de communication (blogs, forums, listes de diffusion et d’échanges, réseaux sociaux), nous ambitionnons de contribuer à la fondation d’une médecine générale 2.0.

 AliceRedSparrow  – BoréeBruit des sabotsChristian Lehmann – Doc Maman

Doc SouristineDoc BulleDocteur MilieDocteur VDominique Dupagne

Dr CouineDr FoulardDr Sachs JrDr StéphaneDzb17EuphraiseFarfadoc

FluoretteGéluleGenou des AlpagesGranadilleJaddoMatthieu Calafiore  – Yem


[1] À titre d’exemple, pour 100 patients enregistrés, la caisse abonderait l’équivalent de 2 ou 2,5 heures d’emploi hebdomadaires et le médecin aurait la possibilité de prendre ces « tickets » en payant une somme équivalente (pour arriver à un temps plein sur une patientèle type de 800 patients).

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(Recette de potion magique pour devenir médecin généraliste)

Dans une grande sacoche mélangez:

4 litres de sérum physiologique

10 cc de sang-froid

1 verre de larmes (toutes origines confondues: rage, joie, désespoir…)

5 poignées de points d’interrogation

1 cœur chaud encore palpitant (Fréquence cardiaque > 120/minutes de préférence)

2 trapèzes tétanisés

1 vertèbre déplacée

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divers formulaires (Cerfa, urssaf…)

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Portez doucement à ébullition en remuant de temps en temps. Dès l’apparition du premier bouillon sortez du feu et mixez l’ensemble.

Vous pouvez déguster, chaud de préférence, et conserver en bocaux. La posologie recommandée est de:

1 cuillère à café matin, midi et soir pendant 15 ans

En cas d’urgence, vous trouverez de la potion lyophilisée en pharmacie. Il faut alors ingérer 10 grammes en une seule prise le soir pour espérer se réveiller le matin dans la peau d’un vrai docteur*.

*Attention, à ces doses la formule ne peut être garantie. Ont été notamment signalées l’apparition de diverses monstruosités parfois cumulées (vomissements itératifs de déclarations de revenus, pleurs ininterrompus, questionnements incessants, obligation de porter un câble usb autour du cou sous peine de dépression sévère…).

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