1 bouffée matin et soir

UN PEU D'AIR

Tag: enfance

Un Samedi à l’anis

C’est un peu la fête cette réunion de famille. Ça grouille de cousins-cousines, de beaux frères qui ne se sont pas vus depuis plusieurs années, d’oncles et tantes qui tapent sur la tête des chérubins qui ont encore grandi.

Il y a des bruits de couvercles de casseroles qu’on soulève pour touiller et humer, des chaises qu’on déplace, des gosses qui se chamaillent.

Les trois sœurs s’affairent autour de la table, choisissant dans le grand buffet une vaisselle assortie pour tous les convives, allant dénicher ce qui manque à la cuisine, attrapant au retour la salade mise au frigo dans l’arrière-cuisine. Natalia réclame à sa mère de l’ouvrir elle-même, ce vrai frigo avec pédale. Elle aime l’atmosphère de cette pièce à la fois buanderie et garde-manger. C’est un peu sombre, il n’y a qu’une petite fenêtre un peu en hauteur, surplombant une galerie extérieure longeant tout un côté de la maison, un endroit idéal pour les sprints improvisés. Cette ouverture est la seule présente sur cette façade, et elle permet aussi d’observer les deux maisons voisines et leurs mystérieux habitants. Natalia a bien entendu sa grand-mère parler de la voisine qui vit avec un fils qui  lui donne du souci, qui a fait de la prison et qu’on ne voit jamais. Elle l’imagine reclus dans une pièce grise avec une tête de bandit et elle rêve que ses yeux puissent transpercer les murs pour satisfaire sa curiosité. L’arrière-cuisine a une odeur bien à elle, qui n’est ni celle de la cuisine, ni celle du salon, bien qu’elle se trouve entre les deux. C’est une odeur mêlée de lessive, d’humidité, de poireau, d’épices et de sucre. Une odeur enivrante due en grande partie à l’appel des douceurs contenues dans le grand placard blanc cassé. Ses portes sont lourdes et solides, mais elles s’ouvrent d’elles-mêmes et sans effort dès lors que l’on actionne un petit verrou, laissant ainsi apparaître comme par magie et à hauteur d’yeux les denrées des plus alléchantes, chocolats et biscuits feuilletés en forme de tortillons.

C’est l’heure de passer à table. Il y a des macaronis au menu, préparés par la mamie, le plat préféré de tous les enfants à l’unanimité, jamais égalé par leurs mères respectives. Natalia se régale comme les autres, elle oublie un peu la lourdeur de l’atmosphère et les yeux rougis des adultes dont les assiettes peinent à se vider de leur contenu.

Après le dessert, les enfants sont autorisés à jouer dans le salon. Loin d’éventuelles réprimandes, le frère de Natalia reprend le contrôle et la nargue en entamant une course autour de la table basse, lui assurant qu’elle est bien trop pomme pour l’attraper. Natalia  essaie quand même mais à chaque fois que sa main est prête à attraper un bout de t-shirt, son frère produit une accélération contrôlée qui la fait enrager. La porte s’ouvre et un adulte leur demande de faire moins de bruit. Natalia essoufflée se laisse tomber sur le canapé capitonné en similicuir qui lui colle aux cuisses. Dans le coin juste à côté il y a le fauteuil de son grand-père où elle aimait tant le rejoindre. Et en face d’elle sur le bar, un bocal en verre teinté rempli au quart de petites boules anisées, qu’il affectionnait tant et qu’il partageait avec elle.

Elle a du mal à voir en pensée son grand-père souriant et rondelet, l’image de la maladie et de sa maigreur prend le dessus, elle l’entend encore murmurer un «poulette» à titre d’adieu.

Cet après-midi il faudra encore suivre le corbillard qui les mènera dans un petit village viticole des Corbières. Et rester avec un oncle dans la maison d’enfance de sa mère pendant que les autres iront à l’enterrement, sa mère a décidé qu’elle était trop jeune, Natalia n’a pas lutté. Elle lira Pif et s’amusera avec le gadget. A la radio elle entendra Un autre monde de Téléphone. Ses parents reviendront et dans quelques jours ils regagneront la banlieue parisienne. Finies, les vacances.

.

Publicités

Histoire de la maladie

C‘est mon père qui m’a transmis l’amour des patates. Avec lui je les ai d’abord mangées, à toutes les sauces, puis plantées, observées en train de pousser, récoltées et remangées, à d’autres sauces.

Mon père est polonais, et il paraît que là-bas on en mange des tas. Je ne l’ai jamais vérifié, je ne suis jamais allée en Pologne. C’est le mythe familial qui dit que comme j’aime tant les patates, je suis bien polonaise aussi, ce qui bien sûr m’a toujours rempli de cette fierté enfantine d’avoir quelque chose de spécial. Et puis je me sentais enfin plus forte que mon grand frère, qui lui n’aimait pas les patates en général, et la nourriture en particulier.

Du coup je me nourrissais non seulement de patates mais aussi de l’admiration paternelle.

Ma mère m’a transmis d’autre choses importantes comme le goût des livres et de l’école,  elle qui enseignait le français et l’histoire à des collégiens.

Entre patates et bouquins, je vivais ainsi une enfance assez banale dans un joli pavillon en banlieue.

Et puis j’ai grandi.

Je me suis mis à regarder mon père d’un autre œil. Mes grands yeux admiratifs se sont transformés en deux fentes palpébrales soupçonneuses. Mais quel était donc cet énergumène au comportement si aléatoire?

Je ne le reconnaissais plus, lui le père parfois colérique mais qui dans mes souvenirs encore frais, pouvait être si joueur et si blagueur. Comment avais-je pu l’aimer? J’avais du faire une monumentale erreur ; j’ai donc décidé de le haïr.

J’ai passé les années qui ont suivi dans la rébellion de l’adolescence, le cœur gorgé tour à tour de fiel et d’amour, l’esprit embrumé par les vapeurs d’alcool et la fumée sucrée du shit, les muscles tétanisés d’émotions.

Mon désir d’indépendance a été plus fort que l’instinct de destruction, j’ai rencontré l’amour, j’ai eu mon bac, j’ai quitté la maison, direction la fac de médecine dans une autre banlieue.

La médecine.

Ce n’était pas une vocation, ça n’évoquait pas grand-chose pour moi : pas de médecins dans la famille, pas de culture médicale, tout juste un généraliste, que j’aimais bien, et qui me disait ce que je voulais entendre, et avant lui un pédiatre dont je n’ai oublié ni le visage anguleux, ni la salle d’attente surchauffée véritable terrain de jeux, ni le moment où je n’ai plus jamais voulu avoir à faire à lui, lorsqu’il a fait l’erreur de vouloir me classer absolument dans un tiroir  « Stade pubertaire ».

La médecine, c’était d’abord un choix sur 3615 Ravel, au moment où en Biologie on étudiait le système immunitaire, avec un prof un peu intéressant, alors je me suis dis pourquoi pas, sans réelle conviction, et sans idée aucune de ce qui allait se passer les années suivantes.

J’ai continué à faire cuire des patates, pour nourrir ma famille en construction, véritable priorité de mon existence.

La médecine s’est peu à peu intégrée à cette vie, au quotidien de nos journées, en douce. Elle m’a aidé à me construire et à comprendre mon père, que je ne hais plus.

Toutes les bribes d’histoires de vie et de maladie, toutes les confessions que je reçois, résonnent en moi d’une façon ou d’une autre, et continuent à me façonner. Il est trop tard pour changer de prisme, et celui-ci me convient.

Ma seule angoisse médicale, au fond, est de développer une allergie à la patate (et oui, ça existe).

 

Licence créative

ANTÉCÉDENTS

ATCD PERSONNELS

MÉDICAUX

née à terme d’une grossesse non désirée ; a longtemps pensé être née pendant un accident de voiture avant de comprendre que la voiture n’avait rien à faire dans cette histoire d’accident.

GEA vers 4-5 mois, avec refus alimentaire et hydrique permettant de gagner définitivement l’amour paternel, ce dernier ayant été convaincu de la mort prochaine de son rejeton.

Vomissements en jet  retardés composés d’endives au jambon ingérées de force à la cantine à 4 ans.

TC + PC, secondaires à chute de vélo rouge, l’enfant de 5 ans roulant seule sur la voie publique, sans casque, et à fond les manettes. Ramassée par un voisin. Rx crâne (ça nous rajeunit pas) normale, réalisée suite à l’apparition de vomissements secondaires au traumatisme. Séquelles ??? Souvenirs tenaces de l’ivresse ressentie juste avant le traumatisme.

Contusions multiples suite avp, survenu alors que l’enfant de 5 ans et demi  somnolait tranquillement sur la lunette arrière de la voiture familiale au retour d’une sortie nocturne, le choc l’ayant propulsée un étage plus bas sur la banquette  où se trouvait son frère la seconde précédente, lui-même ayant simultanément roulé par terre.

Intoxication volontaire à l’Antitousèche® à 7 ans. (au goût si bon que c’est trop dur d’y résister quand le flacon est à portée de main).

-Multiples caries. Parce que « Le sucre : le plus petit des grands plaisirs » disait la pub à l’époque. Et aussi parce que l’Antitousèche®, c’est trop bon.

Asthme intermittent léger notamment à l’effort de course produit pour tenter d’échapper à son grand-frère. Echec récurrent des tentatives de fuite. Aggravation des symptômes par temps froid et sec, du fait des hurlements poussés par l’enfant terrorisée, l’ouverture buccale ainsi créée diminuant le seuil d’apparition du bronchospasme.

-Développement progressif d’allergies saisonnières puis per-annuelles à  peu près à tout ce à quoi on peut devenir allergique.

Intoxication volontaire au Débouchné®, parce que le sérum phy c’est super, mais ça marche pas du tout quand la muqueuse nasale a  triplé de volume.

Dermographisme permettant la réalisation d’œuvres corporelles diaboliques (heureusement, l’inquisition, c’est fini), et de réflexions  indiscrètes de l’entourage du type « t’es toute rouge là, qu’est-ce qui t’arrive ? ».

Migraines (rares) et céphalées de tension (fréquentes)

CHIRURGICAUX

Fracture déplacée radius-cubitus Dt à 6 ans, pour avoir joué à la maîtresse et chuté d’un tronc d’environ 20 cm de haut. L’angulation étrange du membre a dans un premier temps traumatisé l’enfant qui la craignait définitive. Est allée voir sa mère en criant « chui handicapée ! chui handicapée ! ».

Au moment de l’anesthésie générale, s’est promis de s’opposer fermement à l’anesthésiste en résistant le plus longtemps possible avant de s’endormir. Elle a compté jusqu’à au moins trois avant de sombrer; Punition au réveil: était couchée dans un lit à barreaux, le bras attaché auxdits barreaux, et  partageait sa chambre avec un minus couché dans un lit normal. A trouvé ça totalement injuste.

Appendicectomie abusive vu la tête : 1/du chirurgien  2/de l’appendice une fois extrait.

GYNÉCO-OBSTÉTRICAUX

-G3P3, FCV à jour, CO par progestatif Stopmoutar® (migraines sous combinée), suivi régulier (Dr Alhé-Poucet).

ATCD FAMILIAUX

FDREA (Facteurs De Risque d’Encrassement Artériel) : HTA et hypercholestérolémie (mère)

FDRTP (Facteur De Risque de Trouble Psychique) : trouble bipolaire apparent (père) bien que non formellement étiqueté.

TRAITEMENT EN COURS

-NAUPOLENE® : 1cp le soir QSP 6 mois

-STOPMOUTAR® : 1cp/j à heure fixe, sans interruption QSP 6mois

-FRIBREZE® : 2 bouffées en cas de crise, à renouveler plusieurs fois par jour si nécessaire -1 flacon

-PAMAL® : 1 gélule si douleur, toutes les 4 à 6 heures sans dépasser 4 gélules/24h.  -1 boîte de 8

-ANTITOUSECHE® ah non, celui-là faut éviter, même si c’est trop bon.

-En cas de crise oedémateuse aigue : faire en urgence 1 injection intra-musculaire d’ADRÉVITE®

%d blogueurs aiment cette page :